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Paysage sonore d’Alerte

La sirène du mercredi est une spécificité du paysage sonore français. Dans toutes les villes, les campagnes, en métropole et ailleurs, le premier mercredi du mois le territoire entier résonne avec ces sons qui semblent surgir du passé, d’une époque révolue.

Ces lentes modulations qui nous plongent dans une atmosphère menaçante, l’état d’alerte est lancé et avec lui c’est toutes les alertes du passé qui resurgissent, la menace fait irruption dans le réel. Certes, nous qui habitons ce territoire, qui en connaissons les règles, ne sommes pas surpris par les sirènes du premier mercredi à midi, on s’y attend, on les entend même si l’on n’en connaît pas toujours la fonction. A l’inverse, observons l’effet que cela produit sur celui qui ne s’y attend pas (un ami en visite venu de l’étranger par exemple) : ces sons de sirènes sont bel et bien ceux de l’alerte, de l’urgence et de la menace.

En France, 3800 sirènes constituent le Réseau National d’Alerte (RNA). En 2013, les sirènes de Toulouse furent raccordées au nouveau Système d’Alerte et d’Information des Populations (SAIP) afin de coordonner les sirènes urbaines avec des moyens d’avertissement plus étendus (SMS, panneaux de message variable, cell broadcast (ie téléphone non-gsm) et radio.

Le premier mercredi du mois, des essais sont réalisés selon un protocole et un scénario prédéfinit (heure de l’essai, intensité, morphologie des sirènes) afin d’en tester le bon fonctionnement.

 

Les créations de l’atelier  ici :  Lycée des Arénes BTS Multimédia

La commune de Toulouse :

Elle compte 18 sirènes (16 sur le réseau RNA et 2 sur sites industriels SEVESO).

le Plan communal de Sauvegarde de la ville de Toulouse, visible ici .

Dans le paysage sonore, les sirènes constituent ce que l’on pourrait appeler des « monuments », des repères soniques aussi bien sociales et politiques que spatio-temporels. Ce sont des éléments multi fonctions qui viennent structurer notre expérience géographique de l’espace urbain. Mais aussi poser la question de ce que signifient ces sirènes ?

Est-ce vraiment seulement le rappel que la menace existe ? N’est-ce pas aussi le rappel que nous sommes prêts à faire fasse à toute les situations ? A travers ces « exercices » techniques de l’alerte, on rassure autant qu’on inquiète.

Mais encore, quel est le sens de ces sirènes pour les habitants ?

A Toulouse, cette question des sirènes n’est elle pas d’autant plus pertinente qu’elle interroge le passé collectif d’une ville : le 21 septembre 2001 aucune sirène n’avait retentit. Parler de ces signaux d’alerte, interroger les personnes à leur sujet, c’est plonger dans le passé des alertes d’une ville d’un territoire.

Ainsi, se dessine un projet et un questionnement artistique, à la jointure entre la forme, l’esthétique d’une ville, l’environnement et sa représentation.

Comment en focalisant notre attention sur ces sirènes comme événements pouvons nous être emmené à ré-écouter la ville, à écouter la rue mais aussi celui ou celle qui la parcoure, à redécouvrir par l’écoute cette chose si commune que nous pratiquons tous les jours ?

Face à ces interrogations, le mieux est d’explorer, écouter, puis rendre compte de ces recherches. Cet atelier est ainsi conçu comme une exploration du paysage sonore urbain, à l’aide de captations microphoniques, l’élaboration d’une cartographie collaborative qui saurait représenter avec pertinence l’ensemble des documents recueillis et traités.

Cette représentation devra tenir compte de la dualité de ce paysage sonore comme espace socialement et politiquement construit, relevant à la fois du commun et de la structure individuelle, constamment pris entre cet état de paix et d’alerte.

Les Objectifs de l’atelier :

– Solliciter les étudiants par une création collective axée sur l’exploration du paysage sonore urbain.

– Penser les relations entre son, espace urbain et représentation. Comment les sons s’insèrent-ils dans l’environnement et participent-ils à la construction de celui-ci ?

– Réaliser une création sur support plurimédia, animation, performance ayant pour matériau de départ les prises de son (field recording et micro-trottoirs).

– Par cette création, le but est de solliciter les compétences des élèves en matière de design graphique puisqu’il s’agit d’un domaine où les intervenants ne seront évidemment pas les spécialistes, mettant ainsi l’accent sur cette inter-dépendance entre les étudiants et les intervenants.

Il seront donc encouragés à proposer la forme de présentation de cet ensemble de données qui sera ensuite réalisé au cours de l’atelier.

Au sujet des prises de son de terrain (ie field recording) :

L’objectif sera d’encourager les étudiants à se mettre à l’écoute du paysage sonore, en discuter puis décider ensemble des lieux où les enregistrements seront effectués.

Les élèves devront donc être à l’écoute, mais aussi imaginer comment la sirène modifie l’espace sonore. La préparation des micro trottoirs peut se diviser en 2 parties, premièrement la relation que les habitants entretiennent aux tests du premier mercredi de chaque mois, mais également les situations du quotidien dans lesquelles ils sont, lorsque les sirènes interviennent.

Questions :

– Suite à l’investigation sur le terrain d’un part et l’observation de moyens de communications mis en place de l’autre, imaginer des créations visuelles / multimédia illustrant la situation et les relations entre les Pouvoirs Publics et la Population

– Quelles représentations donner d’un paysage sonore, un environnement défini se retrouve alors perturbé, quelles représentations peut on créer de cette situation ?

– Après avoir recueilli les impressions des Toulousains à l’aide de micro trottoirs, imaginez une création visuelle traitant de l’effet vécu de ce test sur le public.

Ressources :

Du “Soundscape” au Paysage sonore par Elise Geisler

« Field Recording -L’usage sonore du monde en 100 albums » d’Alexandre Galand (Ed. Le Mot et le Reste)

Entretien avec Gilles Malatray – Des Arts Sonnants

Livret Risques Majeurs 2011 – Mairie de Toulouse

Dispositif de sirènes d’alerte à la population – Ministère de l’Interieur

 Atelier proposé par Ch.Giffard, texte de présentation Th.Hatcher.